À quoi servent, encore, les universitaires (1968-2018) ?

02.06.2019

Juin 2019

La démocratisation progressive, puis la massification, de l’enseignement supérieur en France ont contribué à profondément transformer non seulement l’université mais aussi les métiers exercés par les enseignants chercheurs et plus largement leur rôle dans l’espace public. L’activité des universitaires est de plus en plus travaillée par des exigences contradictoires : s’investir dans les activités d’administration et de pédagogie ; participer à la course aux financements, à l’internationalisation et à la publication. Ensuite, la spécialisation progressive des savoirs et des expertises a érodé le modèle d’un intellectuel universel (né en France au moment de l’affaire Dreyfus) au profit « d’intellectuels spécifiques », pour reprendre l’expression proposée par M. Foucault, experts de leur domaine mais peinant à promouvoir une vision généraliste de l’ordre social. Les transformations qui affectent l’espace public contemporain (champ politique, médias) ont également modifié les conditions de production et de réception des discours universitaires.

La journée d’études organisée en juin 2018, à l’occasion de la célébration des 50 ans de l’Université Paris-Dauphine, vise à mesurer ces transformations : comment ont évolué des conditions de travail des universitaires depuis 1968 et quel impact sur les missions de l’université – au premier rang desquelles la diffusion du savoir et la formation d’étudiants dotés de capacités réflexives et critiques. Si le repli dans une tour d’ivoire n’est plus une alternative dans une période où s’érode la valeur du savoir et la confiance dans l’usage public de la raison, comment envisager la contribution des intellectuels aux débats publics contemporains ? Faut-il (ré)investir l’espace politique ? Les médias sociaux peuvent-ils se substituer aux espaces plus classiques du débat d’idée ? Quelle stratégie de publication faut-il poursuivre ? Comment mieux partager les fruits de la recherche ? L’expertise auprès des pouvoirs publics est-elle la seule voie ?