À quoi servent, encore, les universitaires (1968-2018) ?

15.05.2019

15 mai 2019

La démocratisation progressive, puis la massification, de l’enseignement supérieur en France ont contribué à profondément transformer non seulement l’université mais aussi les métiers exercés par les universitaires et plus largement leur rôle dans l’espace public. Leur activité est de plus en plus travaillée par des exigences contradictoires : s’investir dans les tâches d’administration et de pédagogie ; participer à la course aux financements, à l’internationalisation et à la publication. La spécialisation progressive des savoirs et des expertises a érodé le modèle d’un intellectuel universel (né en France au moment de l’affaire Dreyfus) au profit « d’intellectuels spécifiques », pour reprendre l’expression proposée par M. Foucault, experts de leur domaine mais moins susceptibles, peut-être, de promouvoir une vision généraliste de l’ordre social. Les transformations qui affectent l’espace public contemporain (champ politique, médias) ont également modifié les conditions de production et de réception des discours universitaires.

Cette conférence, organisée à l’occasion de la célébration des 50 ans de l’Université Paris-Dauphine, vise à mesurer ces transformations : comment ont évolué les conditions de travail des universitaires depuis 1968 et quel impact sur les missions de l’université – au premier rang desquelles la diffusion du savoir et la formation d’étudiants réflexifs et critiques. Si le repli dans une tour d’ivoire n’est plus une alternative dans une période où s’érode la valeur de la connaissance scientifique et la confiance dans l’usage public de la raison, comment envisager la contribution des intellectuels aux débats publics contemporains ? Faut-il (ré)investir l’espace politique ? Quelles stratégies de publicisation faut-il poursuivre pour mieux partager les fruits de la recherche ? L’expertise auprès des pouvoirs publics est-elle la seule voie ?

Après l’ouverture de la conférence par Isabelle Huault, présidente de l’Université Paris-Dauphine/PSL et une introduction d’Eric Agrikoliansky, vice-président de l’Université Paris-Dauphine/PSL, les débats s’organiseront autour de 4 grandes séquences.

Programme

13h30/14h30. 1968-2018 : qu’est l’université devenue ?

En ouverture deux grands témoins interviendront pour retracer, en revenant sur leur propre trajectoire, les transformations de l’université et du rôle des universitaires dans l’espace public contemporain.

Ivar Ekeland, professeur de Mathématiques, ancien président de l’Université Paris-Dauphine
Danièle Lochak, professeure émérite de Droit, Université Paris-Nanterre

14h30/15h30. A quoi sert l’université : former des étudiants, pour quoi faire ?

Les universités françaises semblent aujourd’hui faire face à une crise relative à leur identité et à leurs missions et les universitaires douter de leur rôle social. La professionnalisation des étudiants ou la place dans les classements internationaux peuvent-ils résumer les missions de l’enseignement supérieur ? Dans quelle mesure les universités ont-elles aujourd’hui la capacité à former des citoyens réflexifs et critiques, à jouer un rôle d’émancipation, ou à favoriser la mobilité sociale ?

Stéphane Beaud, professeur de Sociologie, Université de Poitiers
Christophe Prochasson, historien, président de l’EHESS
Sophie Orange, maîtresse de conférences en Sociologie, Université de Nantes

15h30/16h. Pause café

16h/17h. Agir dans quel(s) espace(s) public(s) ?

La naissance même du substantif « intellectuel » manifeste la volonté d’intervenir dans le débat public et de proposer un regard critique sur l’État et la société. Mais les conditions de ces échanges sont problématiques : comment sortir des espaces purement académiques, parler aux médias et à un large public sans tomber dans le double piège de l’hermétisme et de la démagogie ? Comment échanger avec les acteurs économiques et les entreprises ou développer des interactions avec d’autres secteurs du monde intellectuel (artistes, écrivains, etc.) ?

Mathieu Potte-Bonneville, maître de conférences en Philosophie, directeur du département du développement culturel du Centre Beaubourg
El Mouhoub Mouhoud, professeur d’Économie, vice président de l’Université Paris-Dauphine/PSL
Véronique Perret, professeure en Management, Université Paris-Dauphine/PSL

17h/18h. Les universitaires, l’État et la politique

Si les universitaires ont noué des liens étroits avec l’État et les mondes de la politique, la République des professeurs n’est plus qu’un lointain souvenir. On pourrait même discerner une certaine forme d’impuissance contemporaine à influer sur les politiques publiques. Comment parler aux politiques ou agir en politique pour promouvoir une action publique tenant compte des acquis de la recherche ? L’expertise est-elle la seule voie pour peser sur le débat public ? Comment concilier éthique de conviction et éthique de responsabilité ?

Dominique Méda, professeure de Sociologie, directrice de l’IRISSO, Université Paris-Dauphine/PSL
Christian de Perthuis, professeur d’Économie, fondateur de la Chaire d’économie du climat à Paris-Dauphine
Pascale Laborier, professeure de Science politique, Université Paris Nanterre

La conférence, organisée en partenariat avec le quotidien numérique AOC , est ouverte à un public d’universitaires, d’étudiants, de journalistes, d’acteurs publics.